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Vitrine des compositeurs

François Morel: Biographie

François Morel
1926 - 2018
Région: Québec

François Morel

FRANÇOIS MOREL, né en 1926 à Montréal, fait partie de l’important groupe de créateurs québécois issu de la classe de Claude Champagne au Conservatoire de musique de Montréal dans les années cinquante. Contrairement à ses collègues, il rejette l’idée d’aller séjourner en Europe et il reste au Québec. Par contre, durant cette période, il rencontre Varèse à New York. Ce choix n’a nullement compromis l’évolution de sa carrière sur le plan international. En octobre 1953, Léopold Stokowski créa Antiphonie à Carnegie Hall, œuvre de François Morel encore fréquemment exécutée de nos jours. Depuis, ses œuvres ont été jouées dans les grandes villes d’Europe, en Russie, au Japon, en Chine ainsi qu’aux Etats-Unis et en Amérique du Sud, sous la direction de chefs les plus réputés tels : Monteux, Ozawa, Metha, Decker et Abbado. François Morel s’impliqua également intensivement sur la scène québécoise, provoquant et produisant des événements tant pour le concert, le disque, le théâtre que pour la radio et la télévision. Il a travaillé pendant plus de 25 ans comme compositeur et chef d’orchestre à la pige à Radio-Canada. Il fût l'un des fondateurs de la Société Musique de notre temps, des Éditions Québec-Musique ainsi que fondateur et directeur artistique de l’ensemble Bois et Cuivres du Québec.

Son œuvre Aux couleurs du ciel pour grand orchestre à vent a été commandée et présentée en première audition au cours de la saison 1987-1988 par l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Charles Dutoit à qui l’œuvre est dédiée. François Morel, maintenant professeur retraité, a, de 1979 à 1997, enseigné à la Faculté de Musique de l’Université Laval à Québec l’analyse musicale, la composition et l’orchestration. Il était également impliqué à titre de chef d’orchestre dans des ateliers de musique contemporaine dont un ensemble de 12 flûtes, un ensemble de 15 cuivres et l’Ensemble Contemporain Bois Cuivres et Percussions. Il est récipiendaire du grade de « Chevalier de l'Ordre national du Québec » en 1994 et du « Prix Denise-Pelletier » des Prix du Québec 1996.

Ses études de piano ont débuté à l’âge de neuf ans avec un professeur de quartier et il est entré au Conservatoire de Musique de Montréal à l’âge de dix-sept ans avec un quatuor à cordes sous le bras. Très tôt, il a orienté sa curiosité vers tous les répertoires instrumentaux en dehors du clavier et il s'est astreint à l’écoute d’œuvres de toutes les périodes historiques soit par le concert, le disque ou la radio. L’improvisation a toujours fait partie de son activité musicale qu'il considère déjà comme une forme de composition; certes cela lui paru insuffisant d'où son entrée au Conservatoire avec la ferme intention de parfaire ses connaissances dans ce domaine.

Morel parle en ces terms de ces heureuses années : « J’ai eu la grande chance de travailler avec le maître Claude Champagne, premier musicien à produire des œuvres d’orchestre qui dépassaient le climat provincial de son époque auquel il faut ajouter l’œuvre de Rodolphe Mathieu. Les maîtres du vingtième siècle dont j’ai beaucoup fréquenté les partitions sont, entre autres, les œuvres de Scriabine, de Debussy  Les Nocturnes, Les Images, La Mer, Jeux, de Ravel, de Stravinsky - de l’Oiseau de Feu (1909) à la Symphonie d’instruments à vent (1920) c’est-à-dire la période «russe» de Bartók - Sonate pour piano (1926) à Musique pour cordes et célesta (1936) de Varèse, de Messiaen, de Boulez, de Berio, de Carter, de Dutilleux, de Takemitsu et cela tout au long de ma carrière : ils m’ont assurément influencé. J’ose affirmer que c’est de cette manière qu’on perpétue une tradition.

« Quand une œuvre pour grand orchestre symphonique vous est commandée, une première exécution vous est assurée et les frais encourus pour le matériel d’éxécution, qui peut coûter pour une oeuvre de quinze minutes jusqu’a deux mille cinq cents dollars, il semble évident que le goût d’écrire une telle œuvre sans cette commandite peut paraître onéreuse à compte d’auteur. La commande ne change pas nécessairement quelque chose à l’attitude de composer mais un compositeur ne peut pas être toujours son commanditaire! Mon approche pour composer une œuvre dépend de l’instrumentation pour laquelle elle est destinée, car je crois depuis toujours que l’intérêt de la musique réside dans une écriture idiomatique pour les instruments employés. J'utilise depuis fort longtemps des complexes sonores (harmonie) où l’équivalence d’accord miroir fonctionne désormais comme des personnages que l’oreille identifie sans leur demander leurs papiers d’identité. Mon langage musical est un fait d’amalgame sériel, modal et d’un sentiment tonal dissonantique très évolué, soutenu par le miroitement incessant des timbres qui contribue également à rendre ce sentiment d’espace coloré que recherche le compositeur.

« Parmi mes collègues compositeurs québécois, j’admire le regretté Serge Garant en particulier pour ses œuvres Quintette, Plages et ...chant d’amour, Gilles Tremblay pour Vêpres de la Vierge, Aubes pour flûte et percussion et, tout récemment, L’Espace du cœur pour l’Ensemble Pro-Coro, et enfin Jacques Hétu pour son magnifique Tombeau de Nelligan pour orchestre symphonique.

« J’ai retardé le moment d’enseigner pour une seul raison, celle de posséder suffisamment d’expérience de vie pour faire profiter les étudiants d’un savoir acquis dans la vraie vie musicale et non en théoricien! Je crois qu’un étudiant qui n’a pas une oreille musicale n’a pas sa place en musique! C’est la première chose qu’il doit acquérir. Également important, il faut ajouter une curiosité sans borne, une intelligence dans les sons, un sens de l’histoire de notre art. Enfin, pour celui qui se dirige en écriture, il doit passer par l'étude des matières de base soit l'harmonie, le contrepoint, la fugue, l'orchestration et l’étude des formes, pour ensuite inventer son propre langage, ses propres formes sans que l’originalité à tout prix soit son but ultime, car on est toujours le fils de quelqu’un.

« La jeune génération évoluera bien comme elle l’entend et j’ai peu de conseils à lui donner sauf d’être bien dans sa peau peu importe les soubresauts de la “mode” mot que j’abhorre le plus. Une vie de compositeur, ça se vit intimement avec soi-même et non à s’expliquer constamment sur la place publique avec le cirque médiatique comme les vedettes de l’anti-culture artistique américaine, c’est-à-dire le divertissement “the entertainment” que nous devrons dorénavant subir comme une plaie, un cancer produit par nos voisins du sud auquel nous souscrivons beaucoup trop. »

Mai 2001

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